Mais pourquoi l’Europe a t-elle besoin de soja OGM ?

Début Décembre 2008, l’Union Européenne a donné le feu vert à l’importation du soja transgénique “RoundUp Ready” de Monsanto. La décision a été prise sur la base d’un avis favorable de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa). Cette autorisation est valable pour dix ans, les produits l’utilisant devront l’indiquer clairement sur l’emballage. Source : article RTBF le 4/12/2008 . Au delà de la polémique OGM et des débats sur le lobbying US à Bruxelles, nous sommes en droit de nous poser des questions simples : “A quoi cela sert-il ? Pourquoi avons nous besoin d’importer du soja alors qu’il ne rentre pas du tout dans nos habitudes alimentaires? Et l’UE, après 50 ans d’un couteuse PAC – Politique Agricole Commune, n’est-elle pas auto-suffisante ? Décryptage.

Vous mangez déjà du soja OGM tous les jours, à la cantine, au resto…

Champ de soja

Dans la réalité, peu de “soja OGM” arrivera directement dans votre assiette, hormis dans les fast-food, dans certaines cantines et dans les produits “premiers prix” . En effet, les grandes marques de produits alimentaires et les centrales d’achat de la grande distribution ne méfient de la résistance des consommateurs. Les Détectives OGM(1) veillent. En revanche, vous avez de très fortes chances d’en consommer à votre insu dans votre steak, vos lardons, votre cuisse de poulet ou votre yaourt . Car selon Greenpeace, 80% des OGM importés dans l’Union européenne servent à nourrir le bétail, sous forme de tourteaux consommés par les animaux des élevages intensifs. La faute au déficit protéique de l’agriculture européenne, Messieurs-Dames. L’UE est obligé d’importer 70 % de sa consommation de protéïnes végétales, faute d’en produire localement !

50 ans de PAC n’ont aps apporté la souveraineté alimentaire de l’Europe

Vous mangez déjà

L'Europe importe 70 % de ses besoins en protéines pour l'alimentation animale, pour l'essentiel des tourteaux de soja - on appelle "tourteaux" la partie riche en protéines restant après extraction de l'huile - qui entrent dans la composition des aliments pour bétail.

Obligé ? Après 50 ans de PAC (Politique Agricole Commune) , qui peut croire cela? L’UE, à coups de subventions et de décrets, a régulièrement orienté dans un sens, puis dans l’autre, différentes productions agricoles. Ces 50 glorieuses de l’agriculture intensive ont vu d’une part l’explosion des productions à haut rendement (céréales, maïs, prairies articielles,…) et d’autre part la baisse continue du taux en protéïnes des nouvelles variétés de ces cultures (2). Au point où aujourd’hui on produit des blés “fourragers” destinés uniquement à l’alimentation animale car ils ne sont plus panifiables. Et pour continuer à produire notre symbolique baguette, la France importe donc des milliers de tonnes de “blé de force”. On marche sur la tête, non ?

Une vache, ça mange l’herbe de sa ferme, pas du soja importé !

Une ration à base d'ensilage de maïs fourrager

Au même moment, les surfaces consacrées aux plantes protéagineuses indigènes comme la luzerne, les tréfles, le lupin, la féverolle se sont effondrées. Les prairies naturelles ont été retournées pour planter des prairies artificielles à base de graminées ou du maïs fourrager. On demande aujourd’hui à des vaches laitières hautement spécialisées, qui je vous le rappelle sont des herbivores, de produire 10 000 litres de lait par an alors elles ne sortent plus pâturer. Comment fait-on ? En gros, on leur distribue une “ration de base” à base de fourrages verts, de foin ou d’ensilage de graminées ou de maïs. Puis , pour augmenter leur production de lait, on leur distribue jusqu’à 5 kilos par jour d’un aliment “concentré” fait d’un mélange de blé ou d’orge et en général d’un tourteau d’oléagineux pour re-équilibrer leur ration, qui est fortement déficitaire en proteïnes. Par ailleurs, la très forte extension de la culture de maïs fourrager au détriment de l’herbe à de multiples conséquences (augmentation de la fertilisation azotée, des traitements chimiques dont la fameuse molécule atrazine, expansion des groupes semenciers, chute de la biodiversité dans les champs…).

C’est pire pour les les porcs ou les volailles, qui sont désormais quasiment tous élevés dans des élevages “hors-sol” qui achètent 100 % de leur aliment à l’extérieur. C’est ainsi que débarquent dans nos ports du soja américain, brésilien, argentin et désormais, car la logique c’est d’acheter au moins cher, donc du soja AGM et désormais du soja chinois. Son prix d’achat étant indexé sur le taux de protéïnes du produit, nos futés chinois n’ont pas hésité à le doper à la mélamine, un dérivé de l’urée. C’est dans la droite suite de l’affaire de la vache folle : la farine de viande qui provoquait l’ESB était incorporé dans l’aliment en tant que complément azoté.

A qui profite le crime ?

Dans un premier temps, aux producteurs de semences de maïs ou de soja. Au jour d’aujourd’hui, 10 multinationales contrôlent près de 50 % du secteur semencier planétaire. Les quatre premiers sont DuPont (qui a racheté Pioneer Hi-bred), Syngenta (une fusion de Novartis et d’Astra-Seneca, Novartis étant elle-même une fusion de Ciba-Geigy et de Sandoz, les deux plus grands pollueurs du Rhin), Monsanto (très réputé pour son Terminator) et Limagrain (une petite coopérative de la Limagne qui a fait sa fortune grâce aux maïs hybrides F1 de l’Inra, et donc grâce à l’argent du contribuable Français). Ces mêmes 10 multinationales, mais ce n’est sans doute qu’une coïncidence, contrôlent également 60 % de l’agrochimie.
Ensuite, aux producteurs de soja américain (nord ou sud), qui est massivement OGM et globalement cultivé sous RoundUp… On retombe donc sur le système agro-chimio-industriel mis en place après la seconde guerre mondiale et dont en n’arrête pas de découvrir les tares : désertification des campagnes, destruction des paysages et des écosystèmes, pollution chimique, problèmes sanitaires (vache folle, obésité, cancers, …), disparition des insectes, appauvrissement des sols…Jusqu’où iront-ils ? Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de lobbyistes US qui sont présents à Bruxelles pour “conseiller” la politique agricole européenne.

Chez Luzerne, une table réputée pour lesabeilles

"Chez Luzerne", une table réputée pour les abeilles

La dernière info : dans le cadre de la renégociation de la PAC, la Commission européenne a en effet clairement fait savoir qu’elle souhaitait supprimer les faibles aides dont bénéficient encore les productions dites mineures, dont des protéagineux comme la luzerne déshydratée.« Alors qu’elle couvrait plus de 1,6 million d’hectares en 1965, contre moins de 100.000 ha aujourd’hui, la luzerne risque de disparaître de nos paysages d’ici deux à trois ans ! », a averti Jean-Pol Verzeaux, président de Coop de France Déshydratation. Pourtant, la filière « luzerne » ne manque pas de soutiens, elle a reçu ceux du WWF-France, de la FNAB- fédération nationale de l’agriculture biologique et des syndicats d’apiculteurs. Des gens de bon sens, non ?

(1) Devenez un détective OGM et identifiez la présence d’OGM dans les produits alimentaires(Greenpeace).
(2) La filière céréalière vient de créer une nouvelle grille de classement du blé en France. Son objectif est double, pousser les organismes stockeurs à classer les lots dès la récolte et augmenter le taux de protéines des blés français (site Jeunes agriculteurs)

En savoir plus ?

3 Réponses

  1. Et votre foie gras, avec ou sans OGM ?
    Greenpeace a publié hier un guide des repas de fête OGM intitulé « Pas de cadeaux pour les OGM », passant au crible foies gras, saumons, volailles. De nombreux produits symboliques des tables de fêtes de fin d’année proviennent d’animaux nourris au soja OGM, selon l’organisation écologiste.
    http://www.greenpeace.org/france/news/guide-pour-un-no-l-sans-ogm

  2. A voir à partir du 29 Février 2009 : le film “L’Herbe”
    http://www.herbe-lefilm.com
    Si vous voulez savoir pourquoi des paysans préfèrent travailler plus, s’endetter plus, gagner moins, pour élever des bêtes qui mangent du maïs et du soja OGM acheminé sur des milliers de kilomètres, plutôt que de simplement les laisser brouter l’herbe, regardez ce film ! Un film d’une grande simplicité, simple comme l’herbe…

  3. Un rapport du WWF-France propose des alternatives concrètes à l’importation du soja

    L’agriculture française est la première consommatrice européenne de soja avec 4,5 millions de tonnes importées chaque année. Sachant qu’un Français mange en moyenne 92 kg de viande, 250 œufs et une centaine de kilos de produits laitiers chaque année, cela nécessite une surface cultivée en soja de la taille d’un terrain de basket par habitant, dont 16 m2 de forêt amazonienne. La production de viande absorbe à elle seule 84 % du soja importé. Notre consommation de produits carnés participe donc massivement à la déforestation mondiale, source de dérèglement climatique et à la perte de biodiversité.
    A l’impact sur la planète s’ajoutent des risques sanitaires pour les consommateurs. En effet, seulement 1/5 du soja utilisé pour nourrir nos animaux d’élevage est certifié non OGM, alors même que 70 % des Français sont opposés à l’utilisation d’OGM dans l’alimentation.
    Des alternatives bénéfiques pour tous existent, qu’attendons-nous pour les appliquer ?
    Pourquoi continuer dans cette impasse alors que des solutions alternatives existent comme le montre le rapport du WWF-France. En effet, il est possible de remplacer la moitié de nos importations de soja par des protéines végétales produites en France, telles que les légumineuses (plantes riches en protéines comme le pois, la luzerne …). La Politique Agricole Commune (PAC) a jusqu’à présent très peu subventionné ces cultures et doit maintenant être clairement réorientée. L’application nationale du bilan de santé de la PAC, qui sera décidée d’ici fin janvier par Michel Barnier, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche, doit être l’occasion pour la France de montrer sa volonté de soutenir financièrement ces cultures alternatives.

    Quelques recommandations simples à suivre :
    - Consommer moins souvent de la viande (2 à 3 fois par semaine) au profit des protéines végétales (lentilles, pois…), des oeufs, des laitages ou des poissons certifiés MSC.
    - Privilégier les produits issus d’animaux nourris à l’herbe ou par des cultures locales et ceux dont l’alimentation animale est certifiée (AB par exemple).
    - Demander aux entreprises de s’engager contre la déforestation liée au soja en signant la pétition sur http://www.protegelaforet.com.
    - Demander aux entreprises d’afficher sur les produits concernés la provenance de l’alimentation animale et son caractère OGM ou non.

    <strong >Synthèse du rapport

    Rapport complet :

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