Agro-industrie, industrie de guerre, les liaisons coupables


90 ans après l’armistice de 14-18, souvenons nous que ce conflit a été un formidable accélérateur pour l’industrie chimique naissante. Elle a abondamment produit des explosifs et des produits toxiques destinés à exterminer l’adversaire. La paix revenue, les nouvelles molécules et les produits ont été redirigés ..vers l’agriculture. Ce n’est malheureusement pas le seul lien entre pesticides et armes de guerre, puisque qu’on retrouvera le Zyklon B à Dachau, Monsanto et l’agent orange au Vietnam, le Round-Up dans la lutte anti-guerilla en Colombie …

gazL’histoire des pesticides et des nitrates trouve son origine dans le conflit 1914-1918, première guerre « industrielle » avec mobilisation par chaque pays de des meilleurs scientifiques pour élaborer la première arme de destruction massive, l’arme chimique.

1913 – La synthèse de l’azote à partir de l’air permet de produire des engrais azotés et des explosifs

En 1905, Fritz Haber, un brillant chimiste allemand, découvrit un procédé industrialisable permettant de convertir l’azote atmosphérique en ammoniac liquide. En 1915, il s’associa avec son beau-frère Karl Bosch pour ouvrir la première usine de production d’ammoniac, destiné en priorité à la fabrication d’explosifs nitrés (explosion en 2001 de l’usine d’ammonitrate AZF à Toulouse). vicon_tv4A l’armistice, la production sera réorientée vers les engrais azotés pour l’agriculture, qui seront associés au couple phosphore et potasse cher au père Liebig pour donner le parangon de la fumure chimique des sols, la trinité NPK. Haber est donc à l’origine de l’essor des productions agricoles « modernes » et de leur corollaire, la pollution des eaux par les nitrates. Fritz Haber recevra la prix Nobel en 1920 pour sa découverte, mais au sein d’une vive polémique alimentée par les jurés français, britanniques et américains qui boycottèrent la cérémonie en raison des activités militaires d’Haber qui lui avait valu d’être un des premiers poursuivis pour crime contre l’humanité.

1915 – Les premiers pesticides sont utilisés pour tuer les hommes

1436624Les gaz toxiques, utilisés dans les deux camps, auront fait 1 360 000 blessés, les poumons irrémédiablement atteints, et tué 94 000 soldats lors de la 1ère guerre mondiale. L’initiateur de l’arme chimique fut l’état-major allemand qui cherchait des moyens pour faire sortir les soldats ennemis de leurs tranchées pour reprendre la guerre de mouvement : comment les suffoquer, les asphyxier, les empoisonner Fervent patriote, Fritz Haber mit ses compétences de chimiste (et d’homme d’affaire) au service du Kayser. Il organisa en personne la première attaque massive au chlore, le 22 avril 1915 lors de la bataille d’Ypres, puis à la tête d’une large équipe de chimistes, il supervisa les recherches et l’industrialisation d’autres gaz plus toxiques : ypérite ou gaz moutarde, phosgène qui avait été mis au point par un savant français, Victor Grignard . On s’est rendu compte plusieurs décennies après que l’Ypérite était également cancérigène, comme probablement les arsines et d’autres toxiques.

Véritable Dr Folamour de la chimie organique, Fritz Haber, qui était juif, est aussi l’inventeur du Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz des camps nazis. Il avait d’abord été présenté comme un insecticide destiné à combattre les nuisibles des silos, les rongeurs et les insectes…

1918-2008 Les pesticides, armes de guerre et d’extermination

Le jardinier du XXème

Le jardinier du XXème

On sait le rôle de la guerre du Vietnam dans la production et l’usage massif des défoliants par l’armée américaine. Entre 1965 et 1971, cinquante mille tonnes « d’agent orange » ont été déversées sur la jungle afin de la débarrasser de sa végétation. La dioxine qui en est un des principes actifs et que l’accident de Seveso a tragiquement mis en lumière, est connue pour provoquer cancers et malformations génétiques. Plus récemment le phosgène a été utilisé par l’Irak dans sa guerre chimique contre l’Iran ou contre les populations Kurdes. Cette substance est couramment employée pour traiter les cultures de céréales ou de betteraves. Plusieurs pays comme l’Iran, l’Irak ou la Libye semblent avoir contourné les accords internationaux sur les armes chimiques en se dotant d’unités de production d’insecticides dont leurs économies n’ont pas un usage évident. Nul ne peut donc ignorer la nocivité de ces produits dont les cibles ont trop souvent été des populations désarmées.

Dernier exemple en date, le fameux« syndrome de la guerre du Golfe » fait l’objet de nouvelles expertises pour vérifier si l’origine des pathologies développées par des militaires suite à la présence sur le terrain ne serait pas du à l’épandage massif par l’armée US d’insecticides organo-phosphorés qui sont le « fruit » d’une recherche sur les gaz de combat entamée lors de la Seconde Guerre mondiale, comme le malathion, se sont substitués, dans les années 1970, aux organochlorés, dont le chef de file, le DDT, faisait l’objet d’interdictions.
20080414-pesticides Enfin, les herbicides sont utilisés à grande dose en épandage aérien par les polices anti-narcotiques. Par exemple, le gouvernement colombien tente d’éradiquer les cultures de coca qui fournissent des revenus à la guérilla marxiste et à la pègre. La méthode : l’aspersion par voie aérienne de glyphosate, le fameux herbicide de Monsanto plus connu sous le nom de Round-Up. Ces épandages sont fait à la louche et contaminent aussi bien les cours d’eau les autres cultures..et les êtres vivants qui se trouvent sous la douche toxique.

Voir aussi ;

4 Réponses

  1. Merci pour cet article fort intéressant. Pour ceux qui veulent approfondir, je signale l’ouvrage « La Grande Guerre chimique 1914-1918 » d’ Olivier Lepick . Une « guerre de taupes »
    http://www.amazon.fr/gp/reader/2130495400/ref=sib_dp_pt/277-1275815-6281033#reader-link

  2. Dans le même genre il y a…l’échographie…Ça a commencé en temps de guerre (la 2nde je crois) et sans précaution, sans transition on s’en est servi pour « voir » les fœtus. Aujourd’hui des études tentent de voir si c’est nocif ou pas..et apparemment ça l’est, surtout si c’est utilise au début de la grossesse… »C’est moche la guerre » et puis en fait en lisant ton article on voit bien que les atrocités de n’arrêtent pas a l’armistice..

  3. Apprenti sorcier, savant génial, Dr Folamour, patriote zélé, ordure intégrale, profiteur de guerre ?
    Plusieurs chroniqueurs s’interrogent sur le profil et les motivations du Herr Doktor Fritz Haber. «A partir de ce personnage complexe, à la vie tragique, il y a énormément de choses à dire», explique l’auteur de la BD, David Vandermeulen. «Son parcours dans cette époque charnière du XXe siècle, son rôle dans l’industrialisation de la science, dans la guerre… il rassemble en lui des préoccupations à la fois philosophiques, historiques, éthiques et bien sûr scientifiques.» Pour moi Fritz Haber est le prototype du scientiste du XIXème qui pêche par excès de confiance en la science qui se transforme en dogme, mais aussi en honneurs et en espèces sonnantes et trébuchantes. Rabelais le disait « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…Pour être humainement féconde et profitable, la science doit être liée à une conscience morale.

    Gaia


    PS:
    voir « Les savants fous : Au-delà de l’Allemagne nazie » de Hanania Alain Amar chez L’HARMATTAN

  4. LE MONDE.FR le 18 Novembre 2008
    Un rapport remis au Congrès US confirme la réalité du « syndrome de la guerre du Golfe »

    Extrait :
    Dix-sept ans après la fin de la première guerre du Golfe, un rapport rédigé par une commission composée de scientifiques indépendants et d’anciens combattants confirme la réalité du « syndrome de la guerre du Golfe » dont souffrent environ un quart des soldats envoyés au Koweït et en Irak en 1990-1991. Le document (PDF, 7 Mo), remis lundi 17 novembre au Congrès américain, affirme que plus de 175 000 anciens combattants exposés à des agents chimiques souffrent de troubles physiques distincts des troubles psychiques dont ont pu souffrir les vétérans d’autres guerres. (..) Le rapport estime que les troubles peuvent avoir deux causes : les médicaments, comme le bromure de pyridostigmine, distribués aux soldats pour les protéger des gaz innervants, ou les pesticides, qui furent largement employés pendant la guerre.

    >> La suite ici :

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