André Pochon : le scandale des usines à cochons


9782268066981fsAndré Pochon est agriculteur en Bretagne et milite depuis les années 1970 pour l’agriculture paysanne Fondateur du CEDAPA, association de paysans en agriculture durable, il  propose des solutions alternatives à l’élevage intensif basées sur un élevage des vaches sur prairies (à base de trèfle blanc) et des porc sur paille. Le paradoxe : ce qui ressemble à une révolution ne fait que prôner le bon sens, le retour aux règles de base de l’agronomie, le rythme des saisons et le bien-être des animaux… »Pas d’économie sans écologie » martele Dédé Pochon. Sylvain lapoix, de Marianne.fr, lui a posé quelques questions sur son dernier ouvrage « Le scandale de l’agriculture folle », aux éditions du Rocher. André Pochon a vu se dégrader la Bretagne dans les dérives de l’agriculture porcine intensive. Pour lui, l’industrialisation de l’agriculture qui pourrait prendre fin si les lobbys phytosanitaires et les chambres d’agricultures revenaient aux méthodes paysannes.

« Le scandale des usines à cochons »

Interview d’André Pochon in Marianne.Fr – Lundi 09 Mars 2009.

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Marianne2.fr : Comment l’élevage porcin a-t-il basculé de l’échelle paysanne à l’échelle industrielle ? André Pochon : La rupture date de la Politique agricole commune (Pac), signée en 1963, qui assurait le sotckage et l’achat des excédents de laits, de céréales et de viande. Avant cette date, l’élevage reposait sur le duo cochon-vache qu’avait établit l’Inra dans les années 1950. Sur quelques hectares, on cultivait de l’orge, on faisait paitre les laitières et on nourrissait les cochons avec ça et des betteraves. Ensuite, on a adopté les porcheries danoises, avec des cases de trois cochons sur paille. On n’achetait rien, c’était rentable et la Bretagne s’est couverte de porcheries ! Avec les prix que garantissait la Pac, il était plus facile de vendre directement le lait : on gagnait autant avec moins de boulot. D’autres on en eu marre des vaches et se sont spécialisés dans le cochon mais on du se débrouiller sans lait. Or, grâce à la Pac, des techniciens ont pu importer du soja des Etats-Unis : ils le mélangeaient à des farines et des déchêts d’abattoire et le vendait pour remplacer le lait. Leurs rendements étaient meilleurs que dans les autres élevages, et bientôt ils ont cessé de produire l’orge et les betteraves, achetant tout aux techniciens. Ce type d’élevage a gagné toute la Bretagne à la fin des années 1960. Quelle influence cette généralisation a-t-elle eu sur l’élevage porcin ? L’expansion a été considérable : on est parti de 56 truies en moyenne pour un naisseur engraisseur pour doubler presque chaque année jusqu’à atteindre 2000 porcs pour les plus gros établissements ! Les cours étaient bon et les gens faisaient fortunes : des rues entières de Rennes ont été rachetées par des porchers.Il a fallu atteindre la fin des années 1970 pour que Jean-Claude Pierre (cofondateur de l’Association Eaux et Rivières de Bretagne, NdR) tire la sonnette d’alarme sur la pollution aux nitrates. Tous les cantons de la région se sont retrouvés en excédents structurels au niveau de l’épandage du lisier. Mais l’élevage hors sol est une solution tellement facile que personne n’essaie de s’en passer. Même si le taux de perte s’élève à 5% sur caillebotis, le double de l’élevage paysan.

Notre terre vu du ciel – interview de Dédé Pochon

Quelles alternatives existe-t-il à ces modes d’élevage ?
Quand les premières inquiétudes sur la pollution à l’azote, j’ai commencé à nourrir les animaux à l’herbe sans engrais azoté avec du trèfle blanc : économiquement, c’est très profitable et écologiquement, c’est indolore. Les élevages sur paille sèche se sont développés aussi : ils permettent d’éviter la question de l’épandage et donc de réduire la dépendance des éleveurs aux surfaces agricoles nécessaires. Les règlements européens aussi vont dans le bon sens qui interdisent les mauvais traitement aux animaux. L’élevage sur caillebotis représente néanmoins toujours 90% de l’élevage porcin dans le pays. Pourquoi la conversion vers des modèles plus sains ne s’opère-t-elle pas à plus grande échelle ? D’abord, pour passer à la paille et aux bons aliments, il faut réduire énormément la taille des exploitations : passer de 2000 porcs à moins de 200 bêtes, tout le monde n’est pas près à la faire. Mais le plus gros problème reste culturel : les jeunes agriculteurs ont été formés à ce type d’élevage, les techniciens des chambres d’agricultures (qui sont rémunérés par les entreprises phytosanitaires) initient les éleveurs à ces techniques et les collectifs de producteurs, sans qui il est impossible de vendre ou d’obtenir des autorisations d’abattage, ne savent pas faire autre chose. Ils se sont habitués à des rendements importants mais irréaliste : ce n’est plus de l’agriculture, c’est de la Bourse !

« Fabuleux maïs »  – extrait du film Herbe

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3 Réponses

  1. A nous de faire le choix du bio, du local et du respectueux de la nature. Mais je suis très pessimiste, nous ne sommes qu’une minorité à faire ces choix. C’est vraiment décourageant., sont-ils tous aveugles ?

  2. bonsoir,

    interessée par l’elevage de porc sur paille associé au maraichage bio je trouve abérant qu’à notre actuel on ne puisse trouver quelques hectares de terres.
    cela ne manque pas autour de chez moi (planguenoual) mais entre les épandages et les constructions je n’ai pas ma place.

    nos politique sont bien gentils de vouloir « encourager  » le bio mais qu’ils agissent et ne nous laisse pas à l’arrière du train!!!!!!
    actuellement on paie des gens pour nous empoisonner et nous qui souhaitons une transparence, une qualité et un rapport direct avec le client nous ne sommes pas pris en considération si ce n’est pour payer afin d’être labellisés !!!!!!
    quelle injustice !

  3. Avec ce choix là comment peut-on encore hésiter ?

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