Plus de 1500 espèces envahissantes en Europe


Vous ne les voyez pas, et pourtant elles sont là, parmi nous. Elles colonisent à toute allure de nouveaux territoires, dont elles font disparaitre les autochtones car elles accaparent les ressources naturelles ou diffusent de redoutables maladies exotiques dont elles sont porteurs sains. L’homme, qui les a souvent importé lui-même en Europe sans s’en rendre compte, ne peut pas grand chose pour les arrêter. Ce sont les espèces exotiques envahissantes.
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La jussie est une plante aquatique ( Onagracée). Originaire des Amériques et d''Australie, elle est utilisée dans les aquariums d'eau douce. Introduite en Europe, elle a progressivement colonisé les plans d'eau.

Depuis que l’homme voyage, il transporte volontairement ou non dans ses bagages tout un cortège d’animaux et de plantes

Le nombre d’introductions d’espèces exotiques explose dans tous les milieux à travers le monde et ce phénomène inquiète aujourd’hui les gestionnaires et les écologues car il s’ajoute aux contraintes multiples que subit déjà la Nature. Ces espèces invasives ne sont pas des martiens laissés par des Objets volants non identifiés (OVNI), mais des espèces biologiques (comme plantes, animaux, champignons et bactéries) qui propagent hors de leur milieu naturel passé ou présent de distribution et qui menacent la biodiversité dans des nouveaux endroits.

Une espèce envahissante ou espèce invasive est un organisme qui a été introduit intentionnellement ou accidentellement dans une région située en dehors de son aire de répartition naturelle et qui s’est tellement reproduite qu’elle a remplacé certaines espèces originales. Les cas d’espèces envahissantes responsables de modifications notables dans les écosystèmes sont nombreux. Ils sont d’autant plus nombreux et aigus que le commerce et les transports se mondialisent. Depuis que l’homme voyage, il transporte volontairement ou non dans ses bagages tout un cortège d’animaux et de plantes qui ont ainsi l’occasion de s’implanter sur de nouveaux territoires : rats, chats et lapins ont ainsi colonisé le monde entier. La plupart des espèces introduites dans un nouvel environnement n’y sont pas adaptées : elles ne peuvent pas y survivre et disparaissent plus ou moins rapidement. Mais il en est quelques unes qui y trouvent des conditions qui leur conviennent, sans prédateurs ni compétiteurs, et qui y prolifèrent. Que ces espèces aient été volontairement ou accidentellement introduites, elles ont souvent au cours de leur expansion un impact écologique et économique négatif. Ces introductions constituent un des principaux mécanismes de disparition d’espèces et de déstabilisation des écosystèmes.

Les experts considèrent les espèces exotiques envahissantes comme l’une des principales causes de la perte mondiale de biodiversité.

D’après la Liste rouge de l’UICN, les espèces introduites envahissantes constituent la 3ème menace pesant sur les espèces à l’échelle mondiale. Elles peuvent non seulement causer des ravages environnementaux, mais aussi détruire des traditions culturelles et coûter des centaines de milliards de dollars chaque année à nos économies. Donc, pour le bien de nos environnements, cultures et économies, il est très important de faire connaitre les effets néfastes des espèces exotiques envahissantes et de promouvoir des espèces indigènes. Enfin, sur les 100 espèces figurant parmi les plus envahissantes au monde, 49 sont présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer.

La renouée du Japon : un alien botanique

250px-reynoutria_japonica_001A titre d’exemple, la renouée du Japon, apparue en France la première fois en 1939. C’est une invasive des berges de cours d’eau et de certains talus d’infrastructure fait significativement reculer la biodiversité là où elle s’étend en taches très monospécifiques. Il était visible que sa progression se faisait toujours au détriment de la flore locale (herbacées notamment), mais une étude récente a montré que la diversité en vertébrés et surtout en invertébrés en pâtissent aussi : l’abondance totale des invertébrés chute en moyenne d’environ 40 % sur les cours d’eau inventoriés, avec que le nombre groupes de leurs groupes (taxons) chute lui de 20 à 30 %. Secondairement – comme d’autres plantes invasives – la renouée fait reculer les populations d’amphibiens, reptiles, et oiseaux ainsi que de nombreux mammifères des habitats ripicoles, car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés pour leur survie. De plus, la renouée s’installe plus facilement sur des néo-sols et milieux dégradés et pauvres en biodiversité.

L’Écrevisse américaine élimine ses consœurs européennes

L'Écrevisse américaine (Orconectes limosus)Cette écrevisse est un envahisseur qui a conquis le continent européen grâce à l’homme. En voulant en faire l’élevage, il a favorisé son développement excessif. Au point de lui permettre de prendre la place des autres espèces d’écrevisses déjà sur place. En France, elle a été introduite en 1911. Depuis, elle a gagné une grande partie du territoire.  Dans le Marais Poitevin, on ne trouve plus que l’écrevisse américaine. Au fil des ans, elle a supplanté l’écrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes) et l’écrevisse à pieds rouges (Astacus astacus). L’américaine est plus résistante aux maladies et aux pollutions. En s’intégrant au milieu, elle est entrée en concurrence alimentaire avec les autres et elle a fini par prendre leur place.  L’écrevisse américaine a une couleur vert olivâtre et présente des tâches marrons sur l’abdomen. Elle aime les eaux calmes et profondes. Elle s’accommode d’eaux de qualité médiocre voire polluées. Elle peut également résister plusieurs heures à l’absence d’oxygène. Ces particularités ont favorisé son large développement. Néanmoins, elle prolifère volontiers dans des eaux de bonne qualité. Dans le Marais Poitevin, elle a participé à la disparition quasi complète des espèces d’écrevisses autochtones. Sa présence est problématique. Elle s’installe volontiers dans des endroits vaseux mais se loge aussi dans les berges des canaux. Elle y cause des dégâts. En creusant des galeries, elle fragilise les berges.

Plus de 1500 espèces exotiques sont déjà établies en Europe

grenouille-taureau

La grenouille taureau, originaire de Floride, un vorace carnassier

Le projet européen DAISIE  a évalué pour 15 pays européens, de 2005 à 2008, l’importance des espèces exotique établie en Europe (animaux, végétaux, champignons), avec pour la première fois une attention particulière portée aux invertébrés terrestres et aux champignons (travail coordonné par l’INRA) ; Les chercheurs ont été surpris d’identifier 1 517 espèces exotiques (insectes surtout, mais aussi acariens, vers, mollusques terrestres) déjà établies en Europe. Cet inventaire n’est pas exhaustif, ces espèces étant souvent d’abord discrètes et difficiles à détecter que les animaux et plantes supérieures.

Selon l’INRA, en moyenne 19 espèces d’invertébrés exotiques supplémentaires se sont introduites et ont développé des populations viables à invasives en Europe chaque année pour la période 2000-2007 C’est presque le double du taux moyen mesuré (10/an) de 1950 et 1975. L’Asie est devenue le premier continent d’origine, avant l’Amérique du Nord. Moins de 10 % de ces organismes auraient été délibérément introduits (par exemple comme agent de lutte biologique ou NAC). La majorité serait arrivée avec des marchandises ou passagers involontairement « contaminés ».

Le commerce des plantes ornementales exotiques (sous toutes leurs formes) serait selon l’INRA une voie privilégiée d’invasion biologique. L’étude montre que les milieux riches en biodiversité et à haut taux de naturalité semblent plus épargnés par les invasions, alors que les milieux très anthropisés(1) sont ceux qui accueillent la majorité des espèces exotiques (champs, parcs et jardins, habitations). Le réchauffement climatique semble avoir favorisé l’implantation croissante au moins dans l’Europe du sud d’espèces d’origine subtropicale ou tropicale.

(1) L’anthropisation est la transformation d’espaces, de paysages ou de milieux naturels sous l’action de l’homme.

En savoir plus :

Numéro spécial « les invasions d’espèces » de la SEPANSO


Ce numéro de 52 pages du Sud-Ouest Nature traite des « invasives » les plus préoccupantes (Écrevisse de Louisiane Procambarus clarkii ; Myriophylle du Brésil Myriophyllum aquaticum ; Grenouille Taureau Rana catesbeiana…), elles sont abordées sous différentes approches : impacts écologiques, moyens de lutte, modes de colonisation, réglementation…
Chacun pourra y puiser des informations sur l’identification et la biologie des espèces, connaître les coordonnées des personnes ressources et avoir accès à une riche bibliographie.  Pour chaque domaine, de nombreuses structures spécialisées et des personnes faisant autorité nous ont apporté leurs concours en rédigeant des articles ou en nous communicant des informations et des données récentes.
Pour se le procurer : SEPANSO 1 rue de Tauzia 33800 Bordeaux : 1,40€ (correspondant aux frais de port).
Pour télécharger le fichier (1,65 Mo) au format pdf, cliquer sur l’image ou cliquer ici.

Voir aussi :


7 Réponses

  1. exemple, déjà cité, des écureuils gris en Grande-Bretagne: http://actu.orange.fr/articles/sciences/Les-especes-d-ecureuils-se-livrent-une-guerre-sans-merci-au-Royaume-Uni.html
    et voir aussi sur orange (insolite) :
    les punaises de lit envahissantes (même les téléphones sont touchées) devenues resistantes, se propagent d’un continent à l’autre

  2. Et surtout, l’écrevisse américaine a amené un champignon parasite : Aphaomyces astaci. Elle resiste a Aphanomyces contrairement aux espèces européennes. D’où les forts déclins. Sans ça, il a été observé qu’il n’y aurait pas eu de compétitions avec les E. a pattes rouges et à pattes blanches. Les différentes espèces aurait occupées différents endroits, sans écrevisses autochtones, c’est à dire qu’il y aurait eu une répartition des écrevisse sur une même rivière. Avec Aphanomyces, les écrevisses autochtones laisses des endroits libres de colonisation au écrevisses américaines.

  3. Sur le site de feu l’AME, j’ai trouvé 16 fiches de 2004 sur les PLANTES ENVAHISSANTES DE LA REGION MEDITERRANEENNE .
    Outre la description de l’espèce, on propose des moyens de lutte et de remplacement de la plante http://www.ame-lr.org/plantesenvahissantes/index.html
    J’ai repèré par exemple l’espèce Buddleia ou Arbre aux papillons qui est aujourd’hui envahissante en Ile de France.

  4. Très polyphage et très vorace, la coccinelle asiatique est capable de résister au froid et semble capable de s’adapter à de nombreux milieux. Dans certaines zones envahies, elle devient l’espèce de coccinelle la plus abondante, et menace ainsi, au moins transitoirement, l’équilibre des écosystèmes.
    Voir le site Web dédié, « L’observatoire français d’Harmonia »
    http://perso.orange.fr/vinc.ternois/cote_nature/Harmonia_axyridis/index.htm

  5. Bonjour ; Les raisins de la colère – ASABEPI et ses bénévoles s’investissent dans le Massif de Fontainebleau avec l ‘ aval de l ‘ONF pour tenter d ‘éradiquer le phytolaque et le cerisier tardif qui prennent de plus en plus le pas sur la flore locale
    Aujourd hui , rares sont les régions qui ne connaissent pas le phytolaque ( Phytolacca Américana). La forêt de Compiègne , si belle elle aussi , serait touchée à 80 % par le cerisier tardif ( Prunus Sérotina) ; pourtant, très peu de départements , comme l ‘ Ariège et très peu de villes comme Troyes décident de prendre les mesures adéquates , l ‘éradication des invasives
    Le phytolaque, plante classée insavise par l’ UICN , continue d ‘être cultivé (parfois à nos portes ) ,et d’ être vendu en jardinerie pour réaliser des haies vives pour nos jardins et chez les fleuristes pour faire des bouquets « tendance ».
    Si les autorités compétentes ne s ‘attaquent pas au problème rapidement , nos enfants et surtout nos petits enfants ne risquent pas d ‘admirer la forêt comme nous pouvons encore le faire
    Toute aide est la bienvenue pour des chantiers d ‘arrachage ou le parrainage d ‘une parcelle de forêt
    Merci de votre écoute
    ASABEPI
    http://www.petitions24.net/arret_de_la_culture_et_de_la_commercialistion_du_phytolaque

    phyto@netcourrier.com

  6. Les sèneçons , on en parle peu: ils tuent des chevaux, polluent le miel, le lait , faut-il attendre une situation dramatique

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